samedi 6 novembre 2010

contrefaçon et médicament

LA CONTREFAÇON

DE MÉDICAMENTS



INTRODUCTION

A. DONNÉES GÉNÉRALES SUR LA CONTREFAÇON

1. Définition

2. Le médicament comme marchandise

3. Quelques chiffres

4. Qui contrefait ?

5. Pays touchés et facteurs favorisants

6. Problème posé

B. PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT : TRAFIC DE MEDICAMENTS VITAUX

1. Quelques chiffres

2. L’exemple du marché de Cotonou au Bénin

3. Représentation du médicament en Afrique de Sud

4. Pistes de prévention

C. PAYS INDUSTRIALISES : UNE DERIVE DE L’AUTOMEDICATION

1. Quelques exemples

2. Représentation et consommation des médicaments en Europe

3. Automédication et publicité

4. La contrefaçon sur Internet

D. CONSEQUENCES ET LUTTE CONTRE LA CONTREFACON

1. Dangers du marché illicite

2. Législation

3. Quelques recherches pour parer au marché de faux médicaments

4. Confusion avec les génériques

CONCLUSION


Introduction

La contrefaçon de médicaments constitue un problème émergent actuellement peu important en France mais qui prend de l’ampleur dans certains pays d’Europe. Il est sérieux aux Etats-Unis et constitue un véritable fléau dans de nombreux pays du Tiers-Monde, en particulier en Afrique.

Au delà du problème économique qu’elle constitue, c’est surtout un problème de santé publique : en effet, la contrefaçon de médicaments est la plus dangereuse de toutes puisqu’elle peut tuer.

En quoi consiste cette contrefaçon ? Quels sont ses acteurs et ses facteurs favorisants ? Quelles sont ses caractéristiques dans les pays ? Quels sont ses conséquences et les outils pour la contrer ?

A. DONNÉES GÉNÉRALES SUR LA CONTREFAÇON

1. Définition

Pour l’organisation mondiale de la santé (O.M.S.) un médicament contrefait est « un médicament dont l’étiquetage a été falsifié délibérément ou frauduleusement, en ce qui concerne son identité et/ou sa source. Les produits contrefaits peuvent contenir les bons principes, des principes inappropriés, être dépourvus de principes actifs, inclure des principes actifs en quantité inappropriée ou être présentés dans un emballage trompeur » (1).

La contrefaçon peut frapper les produits de marque, les génériques, les médicaments disponibles sur ordonnance, ceux en libre accès pour l’automédication, ainsi que les remèdes traditionnels.

Elle s’apprécie selon les ressemblances et non selon les différences. Elle consiste à reprendre un ou plusieurs éléments qui pour un acheteur d’attention moyenne risquent de porter à confusion (2).

Il convient de faire la différence entre médicament de contrefaçon et médicament de qualité inférieure. Ceux-ci sont authentiques, fabriqués par des sociétés pharmaceutiques légitimes. Ils répondent normalement à certaines normes ou spécifications. Ces normes sont publiées dans les pharmacopées officielles, telles que la pharmacopée des Etats-Unis, la pharmacopée internationale de l’O.M.S., etc… Les médicaments qui, après contrôle selon les normes applicables, ne répondent pas aux spécifications prescrites sont classés comme « médicaments de qualité inférieure ». On en parlera comme étant de la contrefaçon lorsqu’ils sont produits avec l’intention d’en tirer un bénéfice illégal (3).

2. Le médicament comme marchandise

Une marchandise est caractérisée par différentes valeurs, la valeur d’usage renvoie à son utilité pour celui qui va la consommer, c’est l’aspect le plus concret des marchandises, qui les rend donc incomparables entre elles. Pour socialiser un objet, il faut passer de valeur d’usage à la valeur d’échange car seul ce qui dans l’objet est comparable avec d’autres objets permet le processus d’échange, c’est-à-dire l’entrée en société. Ainsi la valeur d’échange est ce qui permet de traiter tous les objets comme des universels en les abstrayant de leur usage concret auquel la valeur d’usage nous ramène toujours.

Le passage de l’objet à la marchandise est équivalent au passage de la molécule vers le médicament (opération qui s’effectue par l’intermédiaire des laboratoires contre placebo). Ce passage s’accompagne dans les deux cas d’une augmentation de valeur. Le laboratoire constitue le moment privilégié où la molécule accède au statut universel (4).

On voit ici la différence entre la reproduction d’une œuvre d’art, longue, à la limite de l’inimitable et la recopie du médicament qui ne se base pas sur sa valeur d’usage mais sur la valeur d’échange qu’on lui donne. Tant que l’on insiste sur l’originalité d’un produit, il n’y a pas ou peu de risque de contrefaçon, au contraire c’est en insistant sur la marque ou sur le caractère universel que flambe l’industrie du faux. Or, les médicaments ne sont pas des marchandises comme les autres car le consommateur, comme le prescripteur, n’est pas en mesure d’en évaluer la qualité, l’innocuité et l’efficacité, et leur absorption peut nuire à la santé des patients (5).

3. Quelques chiffres

Les faux médicaments représentent plus de 10 % des médicaments disponibles sur le marché mondial, dans les pays en voie de développement comme dans les pays industrialisés. On estime que près de 25 % des médicaments administrés dans les pays en voie de développement sont des faux ou de qualité inférieure.

Dans une étude conduite par l’O.M.S. entre 1992 et 1994, 51 % des médicaments contrefaits découverts ne contenaient absolument aucune substance active.

Selon cette organisation, 200000 décès par an pourraient être évités si les médicaments prescrits contre le paludisme étaient conformes à la réglementation, et donc capables de traiter réellement la maladie.

Les médicaments contrefaits génèrent un chiffre d’affaires mondial de 32 milliards de dollars (6).

4. Qui contrefait ?

Les produits ne sont pas nécessairement fabriqués dans de grands établissements ; dans les pays du Tiers-Monde, tout au moins, la majorité des contrefacteurs découverts jusqu’ici travaillent dans des habitations courantes, la fabrication se fait de manière artisanale dans l’arrière boutique ou à l’ombre d’un arbre (7).

Cependant, la copie illicite d’une spécialité pharmaceutique presque conforme à l’original dans son aspect extérieur au moins nécessite un haut niveau de compétence et

d’équipement et est en train de passer en quelques années du stade artisanal vers un stade industriel (8).

Selon les sociétés pharmaceutiques, la fabrication de faux médicaments se concentrerait en Chine, au Nigéria et dans les anciennes républiques soviétiques. D’autres sources mentionnent l’Egypte, le Pakistan, l’Inde et l’Indonésie (9).

5. Pays touchés et facteurs favorisants

La contrefaçon affecte les pays développés comme ceux en développement, les facteurs favorisant l’apparition de médicaments contrefaits varient d’un pays à l’autre. On considère cependant que les plus courants sont : l’absence d’une législation interdisant ce type de contrefaçon, la faiblesse des sanctions pénales, la faiblesse ou l’absence des autorités nationales de réglementation pharmaceutique, le manque de rigueur dans l’application de la législation pharmaceutique, les pénuries ou l’approvisionnement aléatoire, l’absence de contrôle des médicaments à l’exportation, les transactions commerciales impliquant plusieurs intermédiaires, les zones de libre échange, la corruption et les conflits d’intérêts.

La fabrication clandestine se perfectionne grâce à l’apparition de matériel nouveau. La détection est rendue plus difficile du fait que les contrefacteurs peuvent désormais imiter les produits authentiques presque à la perfection (10).

Le phénomène est également favorisé par le prix élevé rendant les médicaments inabordables à ceux qui en ont besoin et la différence de coût entre des produits identiques. Le consommateur aura alors davantage tendance à s’approvisionner en dehors du circuit normal. La pauvreté est donc l’un des principaux déterminants de la production et de la consommation de produits de contrefaçon.

6. Problème posé

En raison d’une réglementation et d’une application insuffisantes, la qualité, l’innocuité et l’efficacité des médicaments fabriqués sur place dans de nombreux pays ne peuvent être garanties. La contrebande et l’importation illégale sont monnaie courante. Les produits de qualité inférieure ou contrefaits sont alors non seulement vendus dans ces pays, mais également exportés ou réexportés.

La situation est aggravée par le fait que les médicaments exportés par de nombreux pays industrialisés ne sont pas réglementés dans la même mesure que les produits consommés sur le marché intérieur, alors que l’exportation des produits pharmaceutiques vers les pays en développement par le biais de zones de libre échange progresse.

Quelles sont les caractéristiques du trafic de faux médicaments dans les pays en voie de développement ?

B. PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT : TRAFIC DE MEDICAMENTS VITAUX

Les pays les plus pauvres d’Afrique et d’Asie se trouvent au centre du trafic mafieux de faux médicaments. Ces derniers y sont souvent vendus dans la rue, sur les marchés ou à la sauvette. Les produits concernés sont vitaux, onéreux et demandés : antibiotiques, anti-inflammatoires, analgésiques, spécialités cardio-vasculaires, anti-parasitaires. Ils concernent surtout les maladies comme le paludisme, la tuberculose et le V.I.H. (11).

1. Quelques chiffres

Dans le monde, près de 50 % de faux médicaments en circulation se trouvent en Afrique (12).

La situation est préoccupante parce que les pays les plus démunis sont aussi ceux qui sont exposés aux maladies les plus graves. Dans ce cas, la diffusion de contrefaçons peut avoir des conséquences dramatiques : d’après l’O.M.S., lors d’une épidémie au Niger en 1995 l’utilisation de faux vaccins avait été à l’origine d’au moins 2.500 décès (13).

Une étude réalisée en 1997 à NIAMEY a montré que sur 27 produits payés dans la rue et analysés au laboratoire de contrôle de qualité, l’identification était conforme pour les 27 produits mais :

· 1 produit avait un aspect différent de celui de référence,

· 6 (22 %) présentaient une absence d’uniformité de masse,

· 6 (22 %) avaient un temps de désagrégation anormalement élevé,

· 4 (14,8 %) avaient un test de dissolution non conforme,

· 3 (11 %) étaient sous-dosés.

Une enquête réalisée en 2001 en Asie du Sud-Est a montré que 38 % des médicaments contre le paludisme vendus en pharmacie ne contenaient aucun principe actif.

En 1992, 233 enfants bangladais ont trouvé la mort après avoir absorbé un sirop à base de paracétamol coupé avec de l’antigel.

2. L’exemple du marché de Cotonou au Bénin

Au Bénin, dans le marché de Cotonou (capitale), l’un des plus importants marchés d’Afrique de l’Ouest, outre les nombreux marchands ambulants, les échoppes vendant exclusivement des médicaments se comptent par dizaines, tenues essentiellement par des femmes. Certaines sont de vraies boutiques ressemblant à des pharmacies. Antalgiques, antibiotiques, contraceptifs, antidépresseurs, antipaludéens y sont vendus. Les pilules sont à l’unité ou dans des emballages plus ou moins authentiques.

On peut par exemple demander du zemidjan qui veut dire taxi-moto dans le dialecte local, on se voit alors remettre du paracétamol qui permet de faire un trajet en taxi-moto même quand on est malade.

D’après Carine BAXERRES qui mène une enquête dans le cadre d’une thèse d’anthropologie sur le marché parallèle des médicaments au Bénin, les populations se réapproprient les médicaments modernes pour soigner les maladies locales (14).

Les agents de santé sont aussi nombreux à s’approvisionner dans ces échoppes, certains y vendent des médicaments et certains en achètent. C’est aussi là que se fournissent tous les petits revendeurs de quartier.

3. Représentation du médicament en Afrique du Sud

On peut expliquer les pratiques de réappropriation de médicaments soulignées par Carine BAXERRES en les comparant aux visions de la thérapeutique chez les Zulus d’Afrique du Sud.

En effet, les traitements zulus comportent trois étapes, chacune avec des médicaments spécifiques. Médecine et magie y sont liées, un grand nombre de maladies sont perçues comme pouvant être en liaison avec la magie d’agression et il est donc important que les thérapeutes disposent des antidotes.

Les médicaments utilisés en premier lieu sont les noirs (ou rouges), ils ont pour but d’expulser le mal hors du malade : ce sont en général des émétiques. C’est ensuite le tour des médicaments blancs, la couleur blanche devant apaiser et redonner des forces. Le traitement se termine par les médicaments verts à base de plantes fraîches. Il s’agit dans un premier temps de faire sortir la maladie. La deuxième étape

consiste à s’en débarrasser, à l’abandonner enfin on lui substitue une bonne santé. Une autre couleur importante, le bleu/vert fait référence à la végétation, à l’eau et au ciel. Certains traitements ne peuvent avoir lieu si le ciel est couvert, le ciel bleu/vert étant considéré comme un important symbole de blanc (15).

On voit ici que la présentation du médicament, notamment sa couleur, a autant d’importance que ce qu’il contient réellement.

La littérature ethnologique a aussi révélé, par exemple, que dans le cas de nombreuses sociétés ouest-africaines, un système symbolique numérique est utilisé où le 3 est attribué aux hommes et le 4 aux femmes. Ces chiffres et le respect de leur usage règlent les conditions d’efficacité du processus thérapeutique. L’existence d’un symbolisme contraire existe aussi dans d’autres populations. Ce type de symbolisme amène à un scrupuleux respect des doses pour ce qui est des remèdes prescrits par les institutions thérapeutiques traditionnelles mais aussi à une réinterprétation des doses des médicaments concernant la médecine occidentale (en général une augmentation) (16).

On peut aussi prendre l’exemple du paludisme qui, au Sénégal, porte différents noms et donc est considéré comme plusieurs maladies distinctes selon le stade d’évolution. Le fait que la maladie ne soit pas la même implique une modification du traitement pour chaque stade.

Le marché de la contrefaçon est donc non seulement un accès alternatif moins onéreux à la médecine occidentale mais aussi la possibilité de mieux répondre aux attentes correspondant aux données thérapeutiques que le consommateur possède.

Ainsi la contrefaçon permet de fournir un produit dont le dosage et l’aspect sont proches de l’idée du remède que le malade recherche, d’après les connaissances des thérapeutiques occidentales et traditionnelles qui lui sont propres.

4. Pistes de prévention

Dans certains pays, des actions de prévention et d’éducation des populations peuvent être menées. Au Bénin, par exemple, la liberté de la presse et la relative stabilité des pouvoirs politiques ont favorisé certaines actions dont celle de la Fondation Pierre FABRE. Elle travaille en effet en collaboration avec l’AFSSAPS, le LEEM et le ministère français des affaires étrangères dans le but de créer le premier réseau de laboratoires nationaux de contrôle de la qualité des médicaments (17).

L’éducation des populations se passe sur le terrain en particulier par la projection de films dans les écoles, suivie de discussions. C’est le cas à Cotonou, où les élèves d’un lycée se voient expliquer tout le circuit légal du médicament, de la recherche à la consommation, les dangers des pilules vendues dans la rue et l’existence d’une alternative, les génériques, moins chers et sûrs. L’une de ces séances a été filmée et est passée plusieurs fois sur la chaîne nationale de télévision (18).

Ces campagnes de sensibilisation de la population aux médicaments contrefaits n’empêcheront pas les mafias d’en vendre mais elles peuvent modifier les comportements des consommateurs. Ce changement nécessite d’intervenir sur plusieurs années, c’est donc d’après Philippe BERNAGOU, directeur de la Fondation Pierre FABRE : «En répétant nos actions au Bénin et dans d’autres pays, nous agirons positivement et durablement sur la contrefaçon de médicament » (19).

Malheureusement dans d’autres pays, comme au Niger, il n’existe pas de véritable volonté politique de lutter contre la contrefaçon. Un haut fonctionnaire du ministère de la santé a par exemple fait saisir tous les médicaments vendus dans la rue à NIAMEY, puis les a rendu deux jours plus tard avec en prime une machine à pérempter falsifiée pour remettre de nouvelles dates de péremption. Il est par conséquent impossible dans ces conditions d’aider un pays à contrer ce trafic.

La pauvreté et les différentes conceptions des thérapeutiques dans les pays en voie de développement font donc du marché de contrefaçon du médicament un véritable fléau. Cependant, les pays développés ne sont pas épargnés pour autant.

C. Pays industrialisés : une dérive de l’automédication

1. Quelques exemples

Dans les pays riches, la contrefaçon concerne le plus souvent les médicaments coûteux dits de confort, tels que les hormones, les corticoïdes, les anti-histaminiques et les traitements des troubles érectiles (20).

Les Etats-Unis sont particulièrement vulnérables, la couverture maladie étant très souvent insuffisante, les médicaments sont très souvent achetés au Mexique, au Canada ou sur Internet. Ainsi, on trouve du faux LipitorR (anticholesterolémiant), du faux ProcritR (contre l’anémie) et même des faux coupe-faims.

Des pilules contraceptives inefficaces, des préservatifs non étanches et des contrefaçons de matériel médical ont également été saisis.

L’Europe est plus préservée car le parcours de soins est très encadré et la plupart des médicaments sont remboursés, ce qui évite les tentations d’acheter moins cher. Elle n’est pas épargnée pour autant. Dans une affaire récente, des lentilles de contact de contrefaçon non stériles et sans effet correcteur ont infiltré le réseau légal de distribution en France. Plusieurs milliers de boîtes auraient été ainsi écoulées.

L’hexagone est cependant davantage une zone de transit du trafic qu’une destination finale. Ainsi, les 542400 comprimés de faux ViagraR saisis en 2004 par les douanes à Roissy provenaient de Bombay et étaient destinés à Conakry. Cependant, d’après Christophe ZIMMERMANN, responsable du secteur contrefaçon à la direction des douanes de la commission européenne, la 1ère menace est le déremboursement progressif de certaines spécialités (22).

2. Représentation et consommation des médicaments en Europe

L’usage des médicaments répond à des critères de nature fort différente. Les données économiques du problème ont sans doute une incidence sur le choix d’acheter mais la conviction du personnel médical selon laquelle les patients qui sont pris en charge à 100 % prennent toujours leurs médicaments, car ils ne les paient pas, est fausse ; ils ne les consomment pas pour autant (23).

Il existe donc aussi une dimension symbolique dans l’usage des médicaments. Les données économiques pouvant elles-mêmes avoir une valeur symbolique. En effet, un médicament onéreux se verra accorder un plus grand crédit par certains patients qu’une autre spécialité moins chère.

Pour le public des consommateurs, c’est l’aspect des remèdes, leur présentation, leur goût, qui conditionnent leur accès au médicament et les font juger de leur utilité. La forme pharmaceutique met en présence une composante technique (le savoir-faire du pharmacien ou la machine qui les produit), une composante scientifique (une formule, des essais), une composante thérapeutique (l’adaptation d’une forme à un effet recherché et un mode de diffusion et de publicisation du médicament alimentant les circuits de l’offre et de la demande (24).

Le choix de tel médicament ne se fera donc pas forcément sur les données scientifiques mais sur d’autres critères, dépendants de sa publicisation, et de ce qui peut-être le plus marquant pour le consommateur ; ainsi le nom du médicament est souvent oublié et il sera désigné par sa forme ou sa couleur (comme on a pu le voir en Afrique du Sud) (25).

Les Européens ne sont donc pas sensibles uniquement à l’aspect de tel médicament mais ils attribuent aussi une valeur à sa présentation et à son coût.

3. Automédication et publicité

On ne peut pas parler de l’usage des médicaments sans parler d’automédication. La consommation pharmaceutique est divisée en deux : la pharmacie acquise sans prescription médicale (médication : qui suppose normalement un intermédiaire, le médecin prescripteur) et la pharmacie acquise sans ordonnance pour laquelle le consommateur est libre de choisir. L’automédication est normalement réservé aux médicaments de consommation courante. Le marché alternatif qui se développe sur Internet permet non seulement d’avoir accès à ces médicaments sans ordonnance mais aussi d’obtenir ceux qui sont disponibles dans le circuit habituel sans passer par l’intermédiaire du praticien (26).

C’est en grande partie la publicité qui incite le consommateur à choisir tel ou tel produit. Il est ainsi frappant de voir que la réticence des patients face aux génériques s’efface s’il en a vu auparavant présentés et recommandés par les médias à travers la publicité télévisée notamment. De plus, la dimension commerciale de cette publicité faite par un laboratoire pharmaceutique disparaît sous son statut d’autorité scientifique (27).

L’automédication accessible pour des médicaments légalement disponibles seulement sur ordonnance et la publicité sont des facteurs influençant le choix du consommateur vers certains produits vendus sur les marchés alternatifs.

4. La contrefaçon sur Internet

Le succès d’Internet a entraîné l’augmentation du commerce des faux médicaments. Les pharmacies virtuelles sont pour certaines d’authentiques filiales de pharmacies communautaires, d’autres n’existent que sur Internet et expédient des marchandises stockées en entrepôt, d’autres sites enfin prescrivent illégalement des médicaments, n’exigent pas d’ordonnances et peuvent ainsi mettre la vie des patients en danger.

D’après Christophe ZIMMERMANN, 50 % des médicaments commandés sur Internet sont faux. Le ViagraR, médicament contrefait le plus vendu sur Internet, est faux dans 44 % des cas.

Dans les pays où les e-pharmacies sont autorisées, la phénomène se démocratise et ce commerce est difficile à contrôler : la durée de vie moyenne d’un site de vente de contrefaçon étant de 2 mois. L’hébergeur se trouve souvent dans un pays, le nom de domaine dans un autre et l’entreprise dans un troisième.

En France, la vente de médicament sur Internet est interdite mais le web ne connaît pas de frontière : il est donc impossible d’empêcher l’achat en ligne. Il est tentant de se procurer des médicaments de sociétés non remboursés, comme le cialisR, le viagraR ou les produits dopants d’autant que la publicité peut-être très présente sur Internet mais aussi jusqu’aux boîtes e-mail (28).

Le développement du commerce sur Internet, l’automédication et la publicité s’ajoute donc au déremboursement des médicaments pour multiplier les activités florissantes de vente de contrefaçon dans les pays riches.

Quels sont les conséquences et les moyens pour lutter contre ce trafic ?

D. Conséquences et luttes contre la contrefaçon

1. Dangers du marché illicite

Les faux médicaments favorisent les résistances, si la dose administrée n’est pas efficace, l’agent infectieux (parasite, bactérie, virus, champignon) a une possibilité accrue de développer une résistance au produit qu’il peut transmettre à sa descendance. Par ce processus, on assiste à la naissance de souches résistantes aux molécules auxquelles elles étaient initialement sensibles.

Le marché de faux produits est aussi source d’échec thérapeutique, par l’incompétence des vendeurs de médicaments de rue. Le principe actif peut avoir perdu une partie ou la totalité de son efficacité et bien entendu dans le cas de contrefaçon sans principe actif, le risque d’échec thérapeutique est de 100 %.

La contrefaçon favorise l’automédication et la toxicomanie, le client se voit fournir le produit qu’il demande et la quantité voulue, sans aucun frein à l’automédication avec les dangers qu’elle représente pour des consommateurs qui n’ont pas ou peu de connaissance sur le médicament acheté. Elle supprime donc aussi le frein à la prise de narcotiques et psychotropes (29).

Le résultat de la contrefaçon peut être réellement désastreux, il peut s’agir d’empoisonnement, handicap et décès des patients (30).

La prévalence des faux médicaments peut entraîner une diminution de la confiance du public dans les institutions et les professionnels de santé. Au contraire, des patients qui constatent que les produits n’ont pas d’effet peuvent être incités à multiplier les consultations médicales, entraînant une surconsommation préjudiciable de service de santé (31).

2. Législation

La loi du 5 février 1994 (Longuet) et du 9 mars 2004 (Perben II) ont considérablement alourdi les sanctions à l’encontre de tout individu détenteur d’une contrefaçon en France.

La qualité d’un médicament devrait pouvoir être contrôlée grâce aux normes pharmacopées. Malheureusement, les pharmacopées ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Les normes européennes existent depuis 1964 mais certains pays n’ont pas de pharmacopée nationale ou étrangère reconnue (ex : les pays africains).

La mise en place de loi pour dissuader le commerce de contrefaçon n’est malheureusement pas suffisante. Quels sont les autres outils pour limiter son développement ?

3. Quelques recherches pour parer au marché de faux médicaments

L’O.M.S. cherche à promouvoir la disponibilité de médicaments essentiels de bonne qualité et l’accès à ces produits à un prix abordable. Elle aide les pays à renforcer leur législation pharmaceutique, les bonnes pratiques de fabrication, la capacité de réglementation pharmaceutique nationale et l’efficacité afin de promouvoir l’échange de données entre les autorités de réglementation et de renforcer les achats de médicaments. Elle collabore également avec les pays pour veiller à ce que l’assurance de la qualité fasse partie intégrante de l’approvisionnement pharmaceutique (32).

PFIZER, le laboratoire pharmaceutique fabriquant le viagraR intègre de plus en plus dans le packaging de ses médicaments des technologies permettant de les tracer au conditionnement près. Ces boîtes et comprimés revètent des caractéristiques rendant leur contrefaçon plus coûteuse et donc plus difficile. Cependant, beaucoup de ces techniques restent très onéreuses et leur fiabilité n’est pas prouvée à 100 %. Dans la lutte contre les faux médicaments, c’est donc l’organisationnel qui doit primer sur le technologique. L’ensemble des acteurs par lesquels les médicaments ont transité doit être identifié et tracé. Une « feuille de route » relatant précisément les manipulations subies par un lot de médicament tout au long de la chaîne pharmaceutique devrait être mise en œuvre (33).

Les professionnels de santé ont également un rôle à jouer : ils doivent aider à ce que les médicaments ne soient pas considérés par les autorités comme un produit quelconque, même si cela va à l’encontre de la dérégulation des marchés. Ils doivent également envisager que l’échec d’un traitement peut avoir pour origine la contrefaçon. De même, les pharmaciens doivent se méfier de prix inhabituellement bas et s’approvisionner seulement auprès de sources fiables.

Au delà, l’accent doit être mis sur l’éducation du patient comme c’est le cas par la prévention au Bénin par exemple. L’éducation doit être développée sur la reconnaissance des faux médicaments, en familiarisant les consommateurs avec les traitements qu’ils prennent régulièrement, promouvoir l’achat auprès de fournisseurs dignes de confiance, informer sur les emballages pour qu’ils soient capables d’examiner les emballages, les tablettes, les gélules (emballage hermétiquement scellé, différence de consistance, de goût…), faire prendre conscience des réactions du corps : un médicament peut ne pas produire l’effet escompté ou entraîner des effets secondaires autres que ceux décrits.

L’éducation doit aussi se diriger vers l’information en matière de génériques.

4. Confusion avec les génériques

Un médicament dit générique est l’équivalent thérapeutique d’un produit pharmaceutique original dont le brevet a expiré. Il contient les mêmes principes actifs que le produit original, lui est similaire et interchangeable. Pour que deux médicaments (de marque et générique) soient considérés comme équivalents du point de vue pharmacologique, il faut qu’ils contiennent les mêmes principes actifs, qu’ils soient dosés dans les mêmes proportions et qu’ils soient administrés de la même manière.

Cependant, les génériques sont encore trop souvent perçus comme des faux médicaments, les publicités gratuites pour les contrefaçons contribuant à entretenir cette confusion.

Les génériques sont perçus comme des « ersatz » de médicaments. Les consommateurs sont en effet convaincus que le souci des pouvoirs publics de faire des économies implique une perte en qualité des services offerts (34).

Pourtant, les contrefaçons de princeps sont bien plus nombreuses, principalement pour des raisons financières : les contrefacteurs préfèrent s’assurer de bénéfices importants. Pour les contrefaçons de génériques, le prix de vente étant en moyenne 30 à 40 % plus faible que ceux des princeps, le profit des contrefacteurs s’en trouve d’autant plus réduit. En plus d’un critère prix, les génériques représentent en général de plus faibles volumes. Les contrefaçons concernent donc principalement les médicaments à prix élevé et/ou à large diffusion (35).

La prévention doit donc aussi insister sur la qualité des génériques, le fait qu’ils soient aussi fiables que les médicaments princeps, si ce n’est plus puisqu’ils sont moins contrefaits.

Conclusion

Le marché de la contrefaçon de médicament est donc un commerce de plus en plus florissant dans les pays pauvres mais aussi les pays riches. La pauvreté en est la raison principale, y compris dans ces derniers, où le remboursement des médicaments est ou devient de plus en plus aléatoire.

Cependant, la vision des consommateurs a elle aussi son importance, en particulier sur la présentation, l’aspect du produit. La publicité joue sur ces représentations et dirige les choix des acheteurs.

Internet devient pour les pays industrialisés le moyen privilégié de la vente de contrefaçons comme le sont les vendeurs de rue dans les pays en voie de développement.

Ces différents facteurs favorisants explique l’intérêt de la mise en place de campagnes de prévention en plus des outils dissuasifs fixés par la législation.

Cette prévention doit se faire à différents niveaux, comme par exemple sur la vision des génériques que possèdent les consommateurs. Ceci apparaît comme un nouveau problème aux enjeux différents de celui du trafic du faux médicament.

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